Peu après que j’aie soufflé dix-huit bougies, mes parents m’ont bien fait comprendre que, vu que j’étais adulte, il était indispensable que j’accomplisse quasi religieusement mes obligations civiques.
Je n’étais pas vraiment contre. Dire oui ou non à un projet de loi, cela représentait quelque chose, mais hélas, cela m’était encore quasiment interdit. En 1987 d’ailleurs, j’ai beaucoup regretté de ne juste pas pouvoir me prononcer sur ces objets.
Me restaient donc les élections, aux enjeux pour moi obscurs. Pour les cantonales, je n’en ai aucun souvenir; je suppose que j’ai dû m’enquérir de la liste choisie par mes parents, et glisser la même dans l’urne. Pour les communales par contre, l’affaire était toute autre, les traits de stylo étaient cette fois faciles.
Le père d’une copine, oui. La voisine qui se plaignait de ma chaîne stéréo, tracée. Tout comme cette autre qui paradait quelques semaines auparavant à l’épicerie en achetant pour trois-cents francs de boîtes de conserves. Puis vint l’affinage de la liste avec des copains, toujours selon les mêmes modalités, et non en se posant des questions sur la capacité des personnes que nous avions choisies à suivre la gestion des affaires communales.
J’avoue ne pas être fière de mes turpitudes de jeunesse. Raison entre autres pour laquelle je ne pourrais jamais comprendre et admettre que certains esprits chagrins veulent promouvoir, pour choisir ceux qui auraient droit à recevoir un passeport qui m’a été donné d’office à ma naissance, la même méthode que j’utilisais à 20 ans pour désigner ceux qui auraient l’honneur de représenter mes intérêts, motif pris que la naturalisation est un acte politique.


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