Mes deux premières contributions pour l’équipe de Prévensectes (alors emmenée par Mickaël Tussier et hébergée par Mygale) datent de l’été 1997. Participant à des conversations sur irc avec des raëliens, j’avais reçu une invitation à leur rassemblement d’été. L’occasion m’avait parue belle de me procurer de la documentation inédite pour des gens qui suscitaient mon admiration. On voit que je ne maîtrise pas vraiment le sujet, puisque je parle de méditation “sensorielle” (au lieu de sensuelle bien sûr).
Dix ans plus tard, rien n’a vraiment changé en ce qui concerne les relations de la presse avec Claude Vorilhon, ainsi que la réactivité du mouvement en ce qui concerne l’annonce de procès dont les 9/10èmes n’auront jamais lieu.
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Le camp d’été du Mouvement raëlien
Mais comment faisaient-ils, tous ces gens, pour trouver le lieu du big rassemblement ? Telle est la question que je me posai une fois débarquée à la gare du petit village de Salquenen. Pas l’ombre d’un panneau indicateur, d’un guichet d’accueil, rien qu’un soleil tapant, et un écriteau des sentiers pédestres indiquant que le camping Swiss Plage se trouvait à une bonne demi-heure de marche. Etant déjà en retard, je trouvai heureusement un automobiliste sympathique qui m’amena à bon port, encore que le camping ne se trouvait pas au même endroit que le centre sportif. Mais de là, il n’y avait qu’à suivre les porteurs de colliers étoilés, de plus en plus nombreux le long du chemin.
J’arrivai donc devant une halle de courts de tennis aménagée pour l’occasion : on me soufflera plus tard que cela devait certainement être une bonne affaire pour les tenanciers qui probablement ne faisaient pas salle comble, par cette chaleur, mieux vaut un endroit ombragé ou climatisé afin d’exercer son jeu de jambes. Mettant un pied à l’intérieur, je me fis immédiatement apostropher : il est vrai que je n’avais point le fameux badge passe-partout. Une fois donc ce cher Antoine trouvé, je reçus donc l’inestimable autorisation d’entrer dans le lieu sacré, et ce sans qu’on ne fouille mon sac ou qu’on me demande si j’avais une carte de presse !
La presse, les premières présentations faites, fut notre premier sujet de conversation. C’est vrai qu’ils avaient fait très fort dans le genre ! Immédiatement, on me demanda ce que je savais à ce propos, c’est-à-dire le contenu du TJ du soir d’avant. Disons que c’était une relativement bonne idée de vouloir faire signer aux journalistes une déclaration s’engageant à parler « politiquement correct », à savoir dire”nouvelle religion ou religion minoritaire” au lieu de “secte”, “maître spirituel” au lieu de “gourou”, ne pas mettre “alias” entre Vorilhon et Raël et la prohibition des guillemets. Beaucoup n’ont pas obtempéré et ont crié au scandale. Mais pourquoi, au grand pourquoi, Raël a-t-il donné l’ordre de promener dans le vignobles ceux qui avaient accepté, pour finalement s’enfermer dans un silence majestueux prétextant que de toute façon il n’existe aucun canard objectif qui pourrait parler du mouvement en toute objectivité ? Etonnez-vous qu’après, les gens pensent qu’il y a quelque chose à cacher…
La salle se remplissait peu-à-peu : l’occasion de “contempler des Raëliens de mes propres yeux pour me rendre compte qu’ils n’avaient rien d’extraordinaire”, me faisait quelque peu penser à des assemblées pentecôtistes fréquentées pendant l’adolescence, mis à part le look. Sans généraliser, disons plutôt baba-cool pour les hommes (avec mention spéciale à certain “membre de la structure” dont les longs cheveux gras, le petit gilet sur le torse nu et les jeans bien troués laissant apparaître un calcif rose fluo n’engageant pas vraiment à pratiquer la méditation sensorielle en sa compagnie), les filles ayant par contre sacrifié aux brassières, semelles compensées, mini ou ultra-longues jupes moulantes à souhait. Il y a aussi quelques personnes âgées, tout comme de très jeunes (du moins, le semble-t-il…). Au programme : la transmission je sais plus quoi, c’est-à-dire une sorte de baptème par lequel le patrimoine génétique sera envoyé de ceux qui veulent vers les OVNI, du moins, c’est ce qu’on m’explique. Tout le monde s’agite, puis se calme et la cérémonie commence : on se jurerait dans une séance de pseudo-yoga-sophro, voix langoureuse de l’intervenant, musique douce… Des caméras filment l’assemblée : c’est pour les archives. Vont-elles me découvrir lorsqu’il est demandé de fermer les yeux pour se souvenir du moment émouvant où nous avons fait notre transmission alors que je les garde grands ouverts sur un possible aperçu de cette fameuse “méditation sensorielle”, le moment de recueillement demandé se transformant pour certains en concours du baiser le plus dégoulinant…
A côté de moi, une fille pique un fou rire : serait-je tombé dans le coin des pas automatiquement convertis, avec la nouvelle petite amie d’Antoine ? On se regarde, mais que nenni, son hilarité provient du fait que “oui, il y a plein de bêtises dans toutes ces choses qu’on nous a apprises, et qu’elle s’en est bien purifiée”. Sans commentaires…
Entre alors Raël en scène : on appelle un à un les futurs transmutés, formant deux colonnes comme des moutons qu’on mènerait à l’abattoir. Et que je t’attrape la tête, que je ferme les yeux, un clic-clac kodak, et un signe de se hâter pour le suivant. Parmis eux, une mineure identifiée comme la fille d’une connaissance Iercéienne : ne nous avait-on pas dit qu’avant 18 ans, impossible d’être Raëlien ? Le défilé s’achève, mais reste encore la possibilité d’y passer pour ceux qui le désireraient, à condition toutefois de remplir toutes les formalités une fois l’imposition des mains faite. Formalités ? Le fameux acte d’apostasie à signer entre autres : il y en a plein sur une table gardés par les scribes constituant probablement les dossiers personnels.
Le fast-food continue : après le baptême, les mariages, dont le cérémonial est très simple : que ce soit pour une heure, un jour, un mois, un an ou la vie entière, vivez heureux et un bisou n’a fait de mal à personne. Finalement, au vu de ceux qui se présentent, Raël décide de tout faire ensemble, il a quelque peu l’air d’être pressé, on lirait presque un poil d’impatience sur son visage. La nouvelle petite amie d’Antoine (à deux doigts déjà de la conversion) regarde avec beaucoup d’envie, vont-ils se décider ? Non… encore un divorce en vitesse, et c’est terminé, tout le monde s’égaie dans la nature en attendant de reprendre la suite sérieuse : le stage de méditation sensorielle en début de soirée. A se demander pourquoi on singe pareillement toutes les religions traditionnelles, si on en est si mécontent…
C’est l’heure des cancans et papotages avec l’équipe de #rael au quasi complet. On me présente, j’en profite pour demander si finalement, il serait possible de mettre le chef suprême au courant de nos petites discussions du dimanche soir.
Hélas, cela ne sera pas possible m’explique-t-on : il est fait uniquement pour s’adresser à des centaines, des miliers de personnes à la fois, de simples vermisseaux comme nous n’ayant pas l’air de l’intéresser.
Je m’extasie devant toute l’infrastructure : sono, éclairages, cabines de traductions simultanées, etc… le mouvement donne vraiment dans le grand luxe. Direction la buvette, les choses semblent se gâter : je lorgne un peu trop sur une pile de prospectus d’inscription au stage, et me fait agrafer assez méchamment. Je décline très poliment le nom de tous ceux que je connais, et la gardienne part en chasse. Entre-temps, j’ai eu le temps de lire, et d’en glisser un dans ma poche. Où on apprend que les cotisations sont effectivement de 3% du revenu annuel net après impôts, voire de 10% pour les membres de l’Organisation internationale, ce qui donne droit à un stage un peu plus évolué. Quant aux facilités, il faut vraiment montrer patte blanche : attestations diverses pour ne payer qu’au minimum 150 ou 300 francs suisses. Et pour les mineurs, on demande tout-de-même une autorisation parentale.
Mieux encore : j’aperçois une déclaration à signer s’engageant à ne pas introduire sur le lieu du stage : drogues, café et cigarettes, et à dénoncer immédiatement les contrevenants aux responsables. Dur, dur… que fait-on de la tolérance et du pardon ? Sur ce, je ressens immédiatement le grand besoin de m’allumer une petite Vogue mentoc pour me remettre de tout ceci, et passe à l’acte. Le ciel ne me tombe pas sur la tête, et on me propose même aimablement de me ramener à Sierre en voiture.
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Une manifestation réussie ?
COMMUNIQUE DE PRESSE DE L’EGLISE RAELIENNE
SALQUENEN - SUISSE LE 18 AOUT 1997
Plusieurs centaines de Raëliens vont manifester pour le respect de leur dignite dans les rues de LAUSANNE ce Mardi 19 Août 1997.
Dans un journal d’information diffusé par la radio Suisse Romande le 20 mai, les Raëliens étaient traités de «têtes de rats dont le viol semble être la bible».
De tels propos racistes et diffamatoires sont à l’origine des nombreuses souffrances subies par les membres de l’ Eglise Raëlienne : perte d’emploi, retrait de la garde des enfants, coups et blessures, menaces de mort…
L’Eglise Raëlienne, religion athée d’obédience juive, qui comprend de nombreux fidèles dont les parents ont cruellement souffert des pratiques fascistes macabres des années 30, n’acceptera plus aucun propos diffamatoire aux motifs de sa philosophie.
Les actions en justice qui s’imposent sont en cours.
Le cortège de la manifestation démarrera à 15 heures de la Place Riponne.
Voici ce qu’on pouvait lire sur ch.general le 18 août 1997. Heureusement, le serveur de news fonctionnait bien ce jour-là, ce qui fit que je pus m’arranger le lendemain pour satisfaire ma curiosité naturelle, et la vôtre aussi !
15 heures sur la place de la Riponne : pas un rat, mis à part quelques joueurs d’échecs. Et si tout ceci n’était qu’un attrape-nigaud ? J’avoue que l’idée m’a bien effleurée, et que j’aurais pu lancer un petit coup de fil à la Police du commerce qui s’occupe des autorisations pour les manifestations.
Face au “Palais”, une jeune personne avec tout un attirail vidéo, pendue à son GSM. Je lurke sur le sigle “Agence Reuters” tiens tiens… et lui fait part de mes inquiétudes. A-t-elle vérifié le bien-fondé au téléphone donné ? Visiblement, elle est en service commandé et ignore quasiment tout de ce qu’elle est censée filmer. On commence donc à papoter quand s’approche une dame d’un certain âge, nous demandant si on attend aussi les Raéliens, qui déclare faire partie d’une association anti-sectes. Tiens, serait-elle cette fameuse dame “Hoen”… oui, c’est cela, dont on parle dans l’Illustré et dont Antoine nous a chanté merveille ? En rigolant, je lui demande si ils l’ont envoyée comme porte-parole, ou si elle sait qu’ils se sont fait subitement rappeler au septième ciel ! Elle goûte assez peu la plaisanterie, ce faisant donc, je décide de me “calmer” un peu. La journaliste suit sans trop comprendre, et la dame se déchaîne. Ah, ça non : elle l’a vu de ses propres yeux, il n’y a rien de scabreux là-dedans. Elle a fait le stage et elle en a marre que tous ces journalistes racontent des c***ries. Après tout, les nudistes de St-Sulpice font de même, et c’est considéré comme une bonne chose d’avoir une sexualité harmonieuse, du reste elle est toujours avec son mari… etc. etc. Et faut surtout pas que je sorte mon appareil-photo qu’elle a aperçu si c’est pour des mauvaises choses !
Réagissant par monosyllabes, j’essaie tout-de-même de lui faire avouer pour quelle association anti-secte elle oeuvre, prétextant que toute adresse est bonne à prendre pour mon travail. Manque de bol, elle est justement en train de mettre sur pied un groupe de “sociaux” auquel je serais cordialement invitée à me joindre. Humblement, j’avoue bien travailler dans la branche, mais ne pas être assistante sociale. C’est alors que prise d’un soudain soupçon :
- Mais, vous faites partie de l’ADFI ?
- Heu, vous savez, l’ADFI n’existe pas en Suisse… c’est en France…
- Oui, bon, l’ASDFI, enfin, du pareil au même…
- Désolée, je ne suis qu’une modeste employée, loin de tout ça…
- Si si si, vous faites partie de l’ADFI, je le sens…
- Non, je m’intéresse à cela c’est tout. Au fait, vous trouvez pas qu’ils sont marrants de cracher sur la religion chrétienne, alors qu’ils font tout comme eux (baptême, mariage)?
Et elle daigne admettre que oui, ils ne sont pas très sympa avec les “religions officielles” qui ne portent pas plainte contre eux, elles !
Enfin, ILS arrivent… du moins, les porte-paroles. L’exactitude n’est point leur politesse, et je me fais gentiment tancer par la dame pour avoir douté, qui repart de plus belle dans ses envolées : il paraît que des journalistes l’ont harcelée de questions, ne voulant pas la croire parce qu’elle n’avait rien remarqué d’anormal. Tous des salauds, au demeurant, sur les 3 pages de fax qu’elle a envoyées à l’Illustré, ils n’en n’ont utilisé qu’une ligne, et Jacques Cardoze a osé l’appeler… il n’a eu que ce qu’il mérite.
Malicieusement, je fais observer qu’à ma connaissance, aucun journaliste n’a déclaré textuellement avoir assisté ou eu vent d’orgies à Salquenen, mais qu’ils se sont copieusement étendus sur l’attitude à leur égard. On me rétorque que non, je ne lis pas la presse, ou en tout cas pas la même qu’eux. Est-ce ma faute si les journalistes adorent citer des paroles de Raël (sexualité entre frères et soeurs, châtiments des enfants et autres) ? Et la dame de repartir sur les orgies qu’elle a vues au MAD (boîte-de-nuit lausannoise où il y a parfois des “jungles” (orthographe ?) très très hot !), de la drogue qui y circule sous les yeux des flics, avant de se lancer sur le clonage humain : elle n’y connait strictement rien, et laisse ça aux scientifiques. Un des porte-paroles s’indigne de ce que cela soit interdit même aux States, ce qui la fait applaudir. A se demander si elle sait combien ça va coûter à ceux qui désirent s’offrir ce genre de services ! Puis on revient sur les religions, mais principalement sur les catholiques… à se demander à quoi cela peut-il servir de faire une manifestation dans un pays protestant bon chic bon genre ? De toute façon, c’est pour l’exemple, les cathos étant aussi néfastes que l’ADFI, tous des lobbyisés, manipulés, comme une certaine dame Hayat, devenue depuis deux ans extrêmement haineuse, alors qu’elle excellait à une certaine époque dans la lutte contre les dérives sectaires. Tout juste s’ils ne sortent pas l’ail et le crucifix en prononçant ces noms.
Le cortège déboule enfin depuis la place du Tunnel sur la Riponne. Banderoles aux slogans que l’on connaît bien, hargne fixe contre la RSR devant laquelle ils ont été faire un sitting, où ils se sont fait filmer. Notons toutefois que ce soir, tant elle que sa soeur télévision ne consacrent pas un mot à cet évènement ! Chaque Raélien me propose un tract : quelle utilité vu qu’ils sont écrits sur les deux côtés, je ne pourrais même pas les utiliser comme brouillons pour mes histoires. En passant, nos Raéliens semblent bien moins versés dans l’histoire que dans la génétique, citons un peu :
“La Radio Suisse Romande aurait-elle la nostalgie des années 30 ?
(Avec en dessous un dessin de train grillagé, s’inspirant de tout évidence en droite ligne d’un reportage anglais ayant fait couler un sang d’encre sur notre pays)
Le 20 mai dernier, la RSR s’est permise de diffamer quelques dizaines de milliers de raëliens…
Le Mouvement Raëlien, religion athée d’obédience juive et qui comprend de nombreux fidèles dont les parents ont cruellement souffert des pratiques fascistes macabres des années trente, s’interroge sur l’objectif de cette radio. Donnera-t-elle dans un prochain communiqué, l’adresse des camps dans lesquels interner les raëliens et comment les reconnaître pour mieux les dénoncer ?
Indiquera-t-elle bientôt comment les avoirs des raëliens seront conservés pendant leur détention ?
Refusons le retour à des pratiques ignobles
Une action en justice est lancée. Les raëliens du monde entier exigent réparation des préjudices subis et des souffrances engendrées. Non aux lynchages médiatiques qui baffouent les droits de l’homme…”
Peut-être que la RSR serait aussi bien inspirée de porter plainte 
La manif n’éveille pas vraiment l’intérêt, un peu d’énervement parfois, bloquant les trottoirs pour les gens pressés. On a tout-de-même pas daigné arrêter la circulation pour eux. Certains passants se demandent si c’est carnaval…
Quant à moi, je suis le mouvement un moment, histoire de papoter avec notre fameux “membre de la structure” qui essayera pendant tout le trajet de me vendre un bouquin!
écrit par zozieau
\\ tags: mouvement raëlien, RSR, sectes
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