Il y a quelques mois, Genève révisait avec succès sa loi cantonale sur l’assurance-chômage, pressé depuis des lustres par la Confédération. Ce canton avait pour particularité d’offrir aux chômeurs en fin de droits une année de travail dans l’administration, destinée à recréer un droit aux indemnités LACI, ce qui était considéré par certains comme un oreiller de paresse pour des feignasses tardant à se bouger le train pour se trouver un vrai job, tout cela naturellement prouvé statistiques et étude à l’appui.
Fini donc les emplois temporaires cantonaux, place donc aux emplois solidaires et autres mesures supplémentaires pour la soi-disante réinsertion, comme si celles proposées par les ORP ne suffisaient pas. Place aussi aux effets collatéraux, à savoir un report de personnes, encore suivies par l’ORP sur les services sociaux devant leur assurer de quoi subsister le minimum vital.
Et les services sociaux à leur tour de faire une étude :
Pour une meilleure prise en charge des bénéficiaires du RMCAS
L’Hospice général a mené une réflexion sur la meilleure manière d’aider les personnes qui sont depuis de longues années au Revenu minimum cantonal d’aide sociale (RMCAS) destiné aux chômeurs en fin de droit. Un premier groupe de 150 personnes sur les 331 sélectionnés ont déjà fait l’objet d’une analyse. Pour 58 d’entre elles, les mesures de réinsertion professionnelle proposées par le RMCAS se sont révélées inappropriées. Ces personnes pourront bénéficier d’une prise en charge plus adéquate dans un centre d’action sociale.
Une lettre a été envoyée le 1er février 2008 par le Service des mesures cantonales (SMC) aux personnes concernées, leur annonçant de manière lapidaire la suppression de leur statut de chômeurs en fin de droit et leur passage à l’Aide sociale. Une quarantaine de recours s’en sont suivis. Suite à cette communication maladroite, un autre courrier signé par le SMC et l’Hospice général a été adressé aux destinataires de la lettre du 1er février. Il explique la décision et garantit une prise en charge plus adaptée qu’au RMCAS (source : site de l’Hospice Général).
Dit en d’autres termes : 58 personnes ont été passées de la catégorie administrative “chômeur” à la catégorie “cas social”, faisant ainsi - quel heureux hasard - baisser la statistique des “demandeurs d’emploi non chômeurs” (ceux qui sont inscrits dans le système, mais n’émargent pas à la statistique du chômage officielle). Ce qui n’a visiblement guère été apprécié, au vu des 40 recours faisant entre nous soit dit mentir l’adage du chômeur ne voulant rien faire de ses journées.
Mais, sur quelle base cette réflexion a-t-elle été menée ? Le Courrier nous propose un témoignage que je ne résiste pas à citer dans son intégralité :
Enseignante, mais “inemployable”
Léa*, 59 ans, est secrétaire de formation et enseignante de français, elle a pourtant été déclarée «inemployable». Dans les années 1990, Léa reprend des études universitaires et travaille comme secrétaire en intérim. Mais elle se retrouve au chômage et doit suspendre sa formation académique. Elle parle plus de cinq langues étrangères, dont l’anglais, l’allemand et l’espagnol. Après une longue période de chômage, Léa bénéficie du Revenu minimum cantonal d’aide sociale (RMCAS) pendant huit ans. Elle devient enseignante de français afin d’effectuer sa contre-prestation, forme notamment des élèves aux diplômes de l’Alliance française et se sent épanouie dans sa fonction. Aujourd’hui, elle dit passablement souffrir de cette qualification inacceptable d’«inemployable».
Note : *Prénom fictif
Il est vrai qu’il est bien plus facile de stigmatiser un employé travaillant pour des fifelins, plutôt que de tirer les oreilles à l’employeur qui bénéficie quasiment à l’oeil de ses prestations, ou à d’autres qui chouinent sur le manque de culture et de formation de la population.
A quand un changement salutaire ?

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