Il y a quelques semaines, j’avais déjà commis un billet sur l’objet qui est devenu le plus passionnel des votations de dimanche prochain. De tous les arguments pour ou contre qui fleurissent un peu partout, le meilleur avis que j’aie trouvé depuis lors est un édito de Michael Rodriguez dans le Courrier, et c’est bien désenchantée que j’ai griffoné un oui à l’endroit qui convient, puis déposé mon enveloppe dans l’urne de Chauderon.
Mon désenchantement avait pourtant pris un sacré coup - mais pas au point de changer mon vote - lors de la séance du conseil communal du 7 octobre, où un collègue s’est vu brutalement couper la parole, au motif de ces quelques vers :
Foin du triste Bunker… Pauvre MBA, sonnet
Foin du triste bunker, sinistre à maints égards
Dont l’illégalité est pour tous avérée
Et qui obstruerait une vue aérée.
Je préfère en la ville offrir à leurs regards
Ces tableaux attirant les amoureux de l’art.
Car mettre en la cité ces œuvres révérées
Plutôt que de les voir, par l’eau, déshonorées,
C’est leur donner abri plutôt que, de Lothar,
Encourir la fureur ou devoir, du soleil,
Protéger leurs couleurs pour des coûts sans pareils.
Votez NON ! Car Rumine et tout son voisinage
Sont le lieu idéal pour la fondation Planque
Qui devrait préférer que ses tableaux l’on planque
Loin du lac où le risque est grand qu’ils s’endommagent…
Certes, à la tribune, nous sommes censés rester dans le domaine de la politique communale, ce qui était au départ le cas puisque nous traitions de postulats relatifs à Bellerive. Mais l’occasion fait le larron pour qui sait la prendre, et des “débordements” se produisent souvent, qui se soldent la plupart du temps par de petits coups de griffe, applaudissements, brouaha ou rappels à observer peu plus de tenue. C’est dans l’ordre normal des choses. Qu’un orateur se fasse brutalement couper la parole, sans plusieurs demandes préalables de s’abstenir de faire du hors sujet, cela m’était inconnu jusqu’alors. Et quand le poète s’appelle Pierre Santschi, président de “Pas au bord du lac”, alors que le président du conseil arbore fièrement le badge rose du “Oui au musée”, cela passe mal sur le moment. Mais à la séance suivante, la publicité fleurit toujours l’assemblée.
Mes globules broyards se sont agités furieusement quelques jours plus tard en lisant les réactions du directeur qui aimerait bien des nouveaux locaux à un billet d’Alain Hubler relevant malicieusement qu’un des tableaux présentés dans la brochure d’information des partisans de Bellerive n’était pas si caché que cela. Si on veut promouvoir l’oeuvre d’Eugène Burnand, pourquoi ne pas inciter le public à se rendre à Moudon plutôt que de prévoir éventuellement une exposition temporaire à Lausanne, comme le propose B. Fibicher pris à défaut ? Si on veut réunir tous les Vaudois autour de ce projet, cela ne me semble pas vraiment être la bonne méthode. Le marketing a certainements ses raisons que ma raison ignore…
Et tout récemment, Yvette Jaggi sur le site de Domaine Public ne daigne donner aucun argument en faveur du projet - peut-être estime-t-elle que 24 Heures et l’Etat de Vaud le font assez, qui sait ? - mais se livre à un mitraillage en règle des opposants. Rien à voir avec la petite pique qu’elle avait lancée lors des dernières élections cantonales qui avait suscité la désapprobation, justifiée à mon goût, d’un membre de son propre parti, mais faisant partie d’une population qu’elle ne semble guère porter dans son coeur : les blogueurs !
Il reste quatre jours avant l’échéance finale. A quoi doit-on encore s’attendre de la part des “Oui au Musée” en direction des opposants qui n’ont, faut-il le rappeler, que peu de moyens pour se faire connaître sur tout le territoire cantonal ? Font-il si peur que cela, ou est-ce l’idée d’un résultat négatif qui effraie tant ?
Une chose est sûre en tout cas, dans ces conditions, je regrette de plus en plus de ne pas avoir choisi de m’abstenir de voter sur cet objet, ce pour une question de forme plus hideuse que les projections supposées de Bellerive ou de la Riponne, et non de fond.

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