mar 29

Avec un sujet intitulé “aide sociale, la chasse aux fraudeurs“, tourné à Lausanne par une équipe de Temps Présent, il va de soi que hier soir, j’étais devant la boîte à images pour visionner cette émission de la TSR. Avec, je l’admets, plein d’apriori négatifs, que j’étais prête pourtant à abandonner si la démarche avait été destinée à engager quelques utiles réflexions, ou présenter un peu mieux les conditions d’attribution de l’aide sociale, qui sont souvent méconnues. Hélas…

Ce reportage ne va pas manquer d’attiser des ressentiments à l’égard de la population étrangère. Flouter les visages est une chose, laisser aux personnes leurs accents respectifs en est une autre.  Sur le forum de l’émission , des interventions telles que celle-ci :

Ce qui m’a choquée dans cette émission, c’est qu’il ne s’agissait quasiment que d’étrangers et jeunes apparemment, et cela je trouve encore plus punissable que s’il s’agit d’un Suisse. C’est inadmissible de profiter de nos structures, donc rien que pour cela, je pense qu’il faut agir.

sont minoritaires, mais quid des discussions dans les foyers, qui alimenteront encore un racisme ambiant dont un certain parti fait ses choux gras ?

Une autre sous-entendu dérangeant est que, par “angélisme” (gauchisant bien sûr), il faudrait ne pas faire de contrôles. Or, à ma connaissance, aucun politicien ne s’est risqué à demander que l’on supprime les mesures de contrôle prévues par les procédures des services sociaux. Et d’ailleurs,  comment ne pas être d’accord pour enquêter sur des proxénètes ou des fraudeurs au double domicile, tels que ceux présentés par la TSR ?

Le problème est que, du moins à mon sens, ce genre d’enquête devrait être mené par la police, qui connaît certainement mieux et surtout est plus armée, au sens propre et figuré, pour faire face aux milieux de la prostitution et de la petite criminalité. Que se passera-t-il lorsqu’il arrivera un jour quelque chose à l’un de ces enquêteurs (ce que je ne souhaite pas) ? Cela sera encore la faute à la gauche angélique ?

D’un autre côté, ces enquêteurs admettent leur statut un peu bizarre. S’ils ont la légitimation nécessaire, ils ne sont toutefois pas policiers, et jouent sur ce flou. Si j’ai bien compris, rien n’oblige à les faire rentrer dans un domicile à sept heures du matin, où à les renseigner sur les activités de son voisin. Il serait donc possible de mieux diffuser ces informations pour contrebalancer les effets de ce reportage sur nombre de citoyens ayant la dénonciation rancunière facile. Serait-ce d’ailleurs grâce à l’un d’entre eux que l’on a “pincé” cette personne vendant quelques objets à la sauvette pour de maigres gains, qui a ému tout de même quelques spectateurs?

A cela s’ajoute la fameuse procuration générale que tout demandeur d’aide doit systématiquement signer depuis début 2008, qui autorise à consulter tout et n’importe quelles données derrière son dos. La pétition déposée par des assistants sociaux et l’ADC informant sur l’utilité toute relative de cette mesure, hormis que de signaler aux requérants qu’ils sont des fraudeurs en puissance, n’a visiblement eu aucun effet.

Et tout ça pour le bien de braves nécessiteux honnêtes, auxquels personne n’a demandé un avis, motif le plus souvent pris que si on ne fait rien, les montants consacrés au social risqueraient de baisser, ce qui justifierait les actions de ces flics non-flics. La belle affaire… Tout ces donneurs de leçons oublient très opportunément que les normes CSIAS sur lesquelles s’appuient les Cantons, ont été revues à la baisse en 2005 (cf un résumé du Courrier portant sur le Canton de Genève), et qu’il n’est pour l’instant nullement question de corriger le tir, ou encore que l’aide sociale n’est pas indexée au coût de la vie.

D’ailleurs, gageons que lors des futurs débats du Grand Conseil concernant les bénéfices des comptes cantonaux, s’il se trouve un malheureux député pour oser demander à ce que l’on valorise les montants accordés par l’aide sociale, ne serait-ce que de CHF. 20.- par enfant,  il n’obtiendra jamais une majorité pour que l’on fasse droit à ce souhait légitime.

écrit par zozieau \\ tags: , , , , , , , ,

mar 13

Il y a quelques mois, Genève révisait avec succès sa loi cantonale sur l’assurance-chômage, pressé depuis des lustres par la Confédération. Ce canton avait pour particularité d’offrir aux chômeurs en fin de droits une année de travail dans l’administration, destinée à recréer un droit aux indemnités LACI, ce qui était considéré par certains comme un oreiller de paresse pour des feignasses tardant à se bouger le train pour se trouver un vrai job, tout cela naturellement prouvé statistiques et étude à l’appui.

Fini donc les emplois temporaires cantonaux, place donc aux emplois solidaires et autres mesures supplémentaires pour la soi-disante réinsertion, comme si celles proposées par les ORP ne suffisaient pas. Place aussi aux effets collatéraux, à savoir un report de personnes, encore suivies par l’ORP sur les services sociaux devant leur assurer de quoi subsister le minimum vital.

Et les services sociaux à leur tour de faire une étude :

    Pour une meilleure prise en charge des bénéficiaires du RMCAS
L’Hospice général a mené une réflexion sur la meilleure manière d’aider les personnes qui sont depuis de longues années au Revenu minimum cantonal d’aide sociale (RMCAS) destiné aux chômeurs en fin de droit. Un premier groupe de 150 personnes sur les 331 sélectionnés ont déjà fait l’objet d’une analyse. Pour 58 d’entre elles, les mesures de réinsertion professionnelle proposées par le RMCAS se sont révélées inappropriées. Ces personnes pourront bénéficier d’une prise en charge plus adéquate dans un centre d’action sociale.
Une lettre a été envoyée le 1er février 2008 par le Service des mesures cantonales (SMC) aux personnes concernées, leur annonçant de manière lapidaire la suppression de leur statut de chômeurs en fin de droit et leur passage à l’Aide sociale. Une quarantaine de recours s’en sont suivis. Suite à cette communication maladroite, un autre courrier signé par le SMC et l’Hospice général a été adressé aux destinataires de la lettre du 1er février. Il explique la décision et garantit une prise en charge plus adaptée qu’au RMCAS
(source : site de l’Hospice Général).

Dit en d’autres termes : 58 personnes ont été passées de la catégorie administrative “chômeur” à la catégorie “cas social”, faisant ainsi - quel heureux hasard - baisser la statistique des “demandeurs d’emploi non chômeurs” (ceux qui sont inscrits dans le système, mais n’émargent pas à la statistique du chômage officielle). Ce qui n’a visiblement guère été apprécié, au vu des 40 recours faisant entre nous soit dit mentir l’adage du chômeur ne voulant rien faire de ses journées.

Mais, sur quelle base cette réflexion a-t-elle été menée ? Le Courrier nous propose un témoignage que je ne résiste pas à citer dans son intégralité :

    Enseignante, mais “inemployable”
Léa*, 59 ans, est secrétaire de formation et enseignante de français, elle a pourtant été déclarée «inemployable». Dans les années 1990, Léa reprend des études universitaires et travaille comme secrétaire en intérim. Mais elle se retrouve au chômage et doit suspendre sa formation académique. Elle parle plus de cinq langues étrangères, dont l’anglais, l’allemand et l’espagnol. Après une longue période de chômage, Léa bénéficie du Revenu minimum cantonal d’aide sociale (RMCAS) pendant huit ans. Elle devient enseignante de français afin d’effectuer sa contre-prestation, forme notamment des élèves aux diplômes de l’Alliance française et se sent épanouie dans sa fonction. Aujourd’hui, elle dit passablement souffrir de cette qualification inacceptable d’«inemployable».
Note : *Prénom fictif 

Il est vrai qu’il est bien plus facile de stigmatiser un employé travaillant pour des fifelins, plutôt que de tirer les oreilles à l’employeur qui bénéficie quasiment à l’oeil de ses prestations, ou à d’autres qui chouinent sur le manque de culture et de formation de la population.

A quand un changement salutaire ?

écrit par zozieau \\ tags: , , , ,

fév 12
Titre de 24 Heures, seul journal romand a être intéressé pour l’instant à cette affaire, en page “Suisse” le lundi 11 février 2008 : un député zurichois UDC aurait abusé de l’AI pendant dix ans. L’information a été publiée le jour précédent dans la NZZ am Sonntag.
Extrait : Début 1998, Jürg Leuthold fait une demande de rente d’invalidité auprès de l’office zurichois. Il se plaint de douleurs au dos et aux jambes, et d’avoir du mal à marcher. Il dit ne pas pouvoir conduire ou s’asseoir de manière prolongée. En mai de la même année, il est élu au Grand Conseil et quitte son travail de conseiller à la clientèle à la Zu­rich Assurances pour se mettre à son compte, comme consultant dans le domaine de la santé. Sa demande est acceptée, rétroacti­vement au 1er janvier. Il perçoit alors une rente à 100%, pour femme et enfants compris. En 2003, il demande spontanément de réduire sa rente de 50%. C’est à ce moment-là que l’institution de prévoyance de son ancien employeur décrète qu’il n’est pas invalide. (…) Le médecin de Jürg Leuthold avait attesté qu’il ne pouvait pas s’asseoir pendant plus d’une heure. Cela ne l’a pas empêché d’assister régulièrement aux séances du Grand Conseil, de son groupe ou encore de son parti. Il a en outre continué à se former comme spécialiste de la gestion hospitalière, travaillé comme consultant indépendant, présidé une association professionnelle, dirigé un hôpital et siégé en tant que membre du conseil de fon­dation d’un autre établissement.

Complément du 13.02.2008 : finalement, le sieur Leuthold a décidé de ne pas attendre l’arrêt du Tribunal fédéral et de démissionner de ses fonctions. Ainsi, cette petite histoire retombera vite dans l’oubli, fort opportunément pour l’UDC (source : 20 Minutes)

Mon cher Jürg,

Permets-moi tout d’abord de te tutoyer dans cette bafouille, cela sera plus facile, même si nous n’avons pas gardé les cochons ensemble. Et puis, nous avons au moins deux choses en commun : c’est de siéger dans un législatif et d’être bénéficiaires de prestations sociales, ce qui n’est guère facile dans notre Helvétie où il est de bon ton de considérer tout assisté comme abuseur potentiel. Mode qui est promue par ton parti, plutôt que le mien, et qui, tu en conviendra, ne nous met, ni toi, ni moi, guère dans une position agréable.

D’ailleurs, comme j’avais de plus en plus de peine à supporter les réflexions de bien-pensants, loin d’imaginer qu’ils pouvaient s’adresser à ma petite personne, j’ai choisi de parler ouvertement de ma situation de chômeuse en fin de droit. Mais toi, l’as-tu fait ? Qui de tes collègues de parlement ou de parti était au courant de ton statut de rentier AI ? J’ai comme l’impression que tu n’as pas beaucoup t’en ouvrir autour de toi. D’ailleurs, impossible de le vérifier, ton site, comme par un curieux hasard, est aujourd’hui hors ligne, et je peine à trouver les déclarations d’intérêts des députés sur le site du Canton de Zurich. Mais j’imagine que ce silence était indispensable, avec des des camarades de parti tels qu’Alfred Heer, qui souhaiteraient entre autres choses priver de permis de conduire des gens comme toi…

Une autre source d’étonnement et d’amusement pour dans cette affaire est la profonde injustice que tu sembles voir dans le traitement de ton cas par les autorités. Pourtant, vu que tu es un spécialiste de la santé, je suppose que tu as dû voir plus d’une fois une expertise de l’assurance-invalidité, comme celle dont il est question dans cet arrêt du Tribunal Fédéral . Cet illustre anonyme dont la requête, comme tant d’autres, s’est vue rejeter, est-il aussi victime comme toi et vos infortunés confrères et soeurs, d’un complot politique ? A d’autres…

Et si tu es fâché que l’on parle autant de toi, permets-moi de te dire que je trouve que cela n’est pas assez. On en fait tout autant pour n’importe quel pékin lausannois qui passe au tribunal car il a grugé les services sociaux. Pour toi, le feu s’éteindra certainement très vite, et grâce à tes mandats et relations, je suis prête à parier que financièrement, tu ne souffriras pas trop de la situation. Ou en tout cas bien moins qu’un pauvre à qui on supprime cent francs de son minimum vital pour le punir de ne pas avoir déclaré quelque maigre gain. Tout au plus devras-tu abandonner ton mandat de député si le Tribunal fédéral devait également de donner tort.

Le pire dans tout ça, c’est que je suis sûre qu’à la prochaine occasion, des membres de ton parti, même de tes proches, réentonneront la rengaine du “ScheinInvalid” et ne penserons pas à la triste histoire qu’ils ne veulent plus commenter aujourd’hui, de leur député pris la main dans le pot à miel des rentes. Parce que pour lui, naturellement, c’était pas pareil !


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