Titre de 24 Heures, seul journal romand a être intéressé pour l’instant à cette affaire, en page “Suisse” le lundi 11 février 2008 : un député zurichois UDC aurait abusé de l’AI pendant dix ans. L’information a été publiée le jour précédent dans la NZZ am Sonntag.
Extrait : Début 1998, Jürg Leuthold fait une demande de rente d’invalidité auprès de l’office zurichois. Il se plaint de douleurs au dos et aux jambes, et d’avoir du mal à marcher. Il dit ne pas pouvoir conduire ou s’asseoir de manière prolongée. En mai de la même année, il est élu au Grand Conseil et quitte son travail de conseiller à la clientèle à la Zurich Assurances pour se mettre à son compte, comme consultant dans le domaine de la santé. Sa demande est acceptée, rétroactivement au 1er janvier. Il perçoit alors une rente à 100%, pour femme et enfants compris. En 2003, il demande spontanément de réduire sa rente de 50%. C’est à ce moment-là que l’institution de prévoyance de son ancien employeur décrète qu’il n’est pas invalide. (…) Le médecin de Jürg Leuthold avait attesté qu’il ne pouvait pas s’asseoir pendant plus d’une heure. Cela ne l’a pas empêché d’assister régulièrement aux séances du Grand Conseil, de son groupe ou encore de son parti. Il a en outre continué à se former comme spécialiste de la gestion hospitalière, travaillé comme consultant indépendant, présidé une association professionnelle, dirigé un hôpital et siégé en tant que membre du conseil de fondation d’un autre établissement.
Complément du 13.02.2008 : finalement, le sieur Leuthold a décidé de ne pas attendre l’arrêt du Tribunal fédéral et de démissionner de ses fonctions. Ainsi, cette petite histoire retombera vite dans l’oubli, fort opportunément pour l’UDC (source : 20 Minutes)
Mon cher Jürg,
Permets-moi tout d’abord de te tutoyer dans cette bafouille, cela sera plus facile, même si nous n’avons pas gardé les cochons ensemble. Et puis, nous avons au moins deux choses en commun : c’est de siéger dans un législatif et d’être bénéficiaires de prestations sociales, ce qui n’est guère facile dans notre Helvétie où il est de bon ton de considérer tout assisté comme abuseur potentiel. Mode qui est promue par ton parti, plutôt que le mien, et qui, tu en conviendra, ne nous met, ni toi, ni moi, guère dans une position agréable.
D’ailleurs, comme j’avais de plus en plus de peine à supporter les réflexions de bien-pensants, loin d’imaginer qu’ils pouvaient s’adresser à ma petite personne, j’ai choisi de parler ouvertement de ma situation de chômeuse en fin de droit. Mais toi, l’as-tu fait ? Qui de tes collègues de parlement ou de parti était au courant de ton statut de rentier AI ? J’ai comme l’impression que tu n’as pas beaucoup t’en ouvrir autour de toi. D’ailleurs, impossible de le vérifier, ton site, comme par un curieux hasard, est aujourd’hui hors ligne, et je peine à trouver les déclarations d’intérêts des députés sur le site du Canton de Zurich. Mais j’imagine que ce silence était indispensable, avec des des camarades de parti tels qu’Alfred Heer, qui souhaiteraient entre autres choses priver de permis de conduire des gens comme toi…
Une autre source d’étonnement et d’amusement pour dans cette affaire est la profonde injustice que tu sembles voir dans le traitement de ton cas par les autorités. Pourtant, vu que tu es un spécialiste de la santé, je suppose que tu as dû voir plus d’une fois une expertise de l’assurance-invalidité, comme celle dont il est question dans cet arrêt du Tribunal Fédéral . Cet illustre anonyme dont la requête, comme tant d’autres, s’est vue rejeter, est-il aussi victime comme toi et vos infortunés confrères et soeurs, d’un complot politique ? A d’autres…
Et si tu es fâché que l’on parle autant de toi, permets-moi de te dire que je trouve que cela n’est pas assez. On en fait tout autant pour n’importe quel pékin lausannois qui passe au tribunal car il a grugé les services sociaux. Pour toi, le feu s’éteindra certainement très vite, et grâce à tes mandats et relations, je suis prête à parier que financièrement, tu ne souffriras pas trop de la situation. Ou en tout cas bien moins qu’un pauvre à qui on supprime cent francs de son minimum vital pour le punir de ne pas avoir déclaré quelque maigre gain. Tout au plus devras-tu abandonner ton mandat de député si le Tribunal fédéral devait également de donner tort.
Le pire dans tout ça, c’est que je suis sûre qu’à la prochaine occasion, des membres de ton parti, même de tes proches, réentonneront la rengaine du “ScheinInvalid” et ne penserons pas à la triste histoire qu’ils ne veulent plus commenter aujourd’hui, de leur député pris la main dans le pot à miel des rentes. Parce que pour lui, naturellement, c’était pas pareil !

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