nov 25

Il y a quelques semaines, j’avais déjà commis un billet sur l’objet qui est devenu le plus passionnel des votations de dimanche prochain. De tous les arguments pour ou contre qui fleurissent un peu partout, le meilleur avis que j’aie trouvé depuis lors est un édito de Michael Rodriguez dans le Courrier, et c’est bien désenchantée que j’ai griffoné un oui à l’endroit qui convient, puis déposé mon enveloppe dans l’urne de Chauderon.

Mon désenchantement avait pourtant pris un sacré coup - mais pas au point de changer mon vote - lors de la séance du conseil communal du 7 octobre, où un collègue s’est vu brutalement couper la parole, au motif de ces quelques vers :

Foin du triste Bunker… Pauvre MBA, sonnet

Foin du triste bunker, sinistre à maints égards
Dont l’illégalité est pour tous avérée
Et qui obstruerait une vue aérée.
Je préfère en la ville offrir à leurs regards

Ces tableaux attirant les amoureux de l’art.
Car mettre en la cité ces œuvres révérées
Plutôt que de les voir, par l’eau, déshonorées,
C’est leur donner abri plutôt que, de Lothar,

Encourir la fureur ou devoir, du soleil,
Protéger leurs couleurs pour des coûts sans pareils.
Votez NON ! Car Rumine et tout son voisinage

Sont le lieu idéal pour la fondation Planque
Qui devrait préférer que ses tableaux l’on planque
Loin du lac où le risque est grand qu’ils s’endommagent…

Certes, à la tribune, nous sommes censés rester dans le domaine de la politique communale, ce qui était au départ le cas puisque nous traitions de postulats relatifs à Bellerive. Mais l’occasion fait le larron pour qui sait la prendre, et des “débordements” se produisent souvent, qui se soldent la plupart du temps par de petits coups de griffe, applaudissements, brouaha ou rappels à observer peu plus de tenue. C’est dans l’ordre normal des choses. Qu’un orateur se fasse brutalement couper la parole, sans plusieurs demandes préalables de s’abstenir de faire du hors sujet, cela m’était inconnu jusqu’alors. Et quand le poète s’appelle Pierre Santschi, président de “Pas au bord du lac”, alors que le président du conseil arbore fièrement le badge rose du “Oui au musée”, cela passe mal sur le moment. Mais à la séance suivante, la publicité fleurit toujours l’assemblée.

Mes globules broyards se sont agités furieusement quelques jours plus tard en lisant les réactions du directeur qui aimerait bien des nouveaux locaux à un billet d’Alain Hubler relevant malicieusement qu’un des tableaux présentés dans la brochure d’information des partisans de Bellerive n’était pas si caché que cela. Si on veut promouvoir l’oeuvre d’Eugène Burnand, pourquoi ne pas inciter le public à se rendre à Moudon plutôt que de prévoir éventuellement une exposition temporaire à Lausanne, comme le propose B. Fibicher pris à défaut ? Si on veut réunir tous les Vaudois autour de ce projet, cela ne me semble pas vraiment être la bonne méthode. Le marketing a certainements ses raisons que ma raison ignore…

Et tout récemment, Yvette Jaggi sur le site de Domaine Public  ne daigne donner aucun argument en faveur du projet - peut-être estime-t-elle que 24 Heures et l’Etat de Vaud le font assez, qui sait ? - mais se livre à un mitraillage en règle des opposants. Rien à voir avec la petite pique qu’elle avait lancée lors des dernières élections cantonales qui avait suscité la désapprobation, justifiée à mon goût, d’un membre de son propre parti, mais faisant partie d’une population qu’elle ne semble guère porter dans son coeur : les blogueurs !

Il reste quatre jours avant l’échéance finale. A quoi doit-on encore s’attendre de la part des “Oui au Musée” en direction des opposants qui n’ont, faut-il le rappeler, que peu de moyens pour se faire connaître sur tout le territoire cantonal ? Font-il si peur que cela, ou est-ce l’idée d’un résultat négatif qui effraie tant ?

Une chose est sûre en tout cas, dans ces conditions, je regrette de plus en plus de ne pas avoir choisi de m’abstenir de voter sur cet objet, ce pour une question de forme plus hideuse que les projections supposées de Bellerive ou de la Riponne, et non de fond. 

 

 

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écrit par zozieau \\ tags: , , , , ,

oct 26

En écho à un billet de Jacques Pilet, quelques extraits d’un vieux texte de futurologie, qui s’est révélé malheureusement exact en son temps :

Ca commencera on ne sait comment,
peut-être un beau soir de printemps,
ça éclatera tout d’un coup, vlan !
Quelle bonne surprise !

Car le commerce ne marchait pas,
l’industrie touchait au trépas,
et la Bourse était au plus bas.
C’était la crise.

Mais v’la M’sieur Krupp et M’sieur Schneider
qui pour stimuler l’univers,
s’expédient par la voie des airs,
port en franchise,
un tas de bons produits très chers,
articles de tous genres en fer
qui nous dégringolent sur le blair.
C’est la reprise !

Enfin ça y est, on peut chanter
- paix dans le ciel et sur la terre
aux hommes de bonne volonté -
c’est la reprise, en vérité,
la reprise des affaires !
(…)

Allez, roulez ! marchands de cercueils,
de croix, de couronnes, de linceuls,
le fric - on ne travaille pas à l’oeil -
y faut que ça tombe.
Hardi ! Pour le gros Capital !
Pour lui, la mort en général
devient d’un intérêt vital.
Y faut que ça tombe !
Mais ça tombe avec tant d’ardeur,
voilà qu’il n’y a plus d’ consommateurs -
tous consommés au champ d’honneur -
quelle hécatombe !
La ruine s’abat sur l’univers,
la mort emporte les marchands de fer
et toute leur racaille en enfer,
comme une trombe !

Seigneur, vous le saviez pourtant,
c’était la reprise, mais pas la guerre.
Faudra-t-il attendre à présent
jusqu’au jour du dernier jugement
la reprise des affaires ?

Ami-e lecteur-trice, trouveras-tu l’auteur de ces lignes, auxquelles j’ai fait subir un très léger traitement cosmétique (précision au cas où un puriste voudrait relever que… ça n’est pas tout à fait ça) ?

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écrit par zozieau \\ tags: , , ,

oct 25

Dans la rubrique courrier des lecteurs du 24 Heures, une lettre posant plein de questions a attiré mon oeil :

Les responsables économiques et politiques se basent essentiellement sur le taux de chômage pour apprécier la situation du marché du travail. Avec un taux de 3%, inutile de préciser que l’économie nationale peut être considérée comme saine. Les comparaisons avec nos voisins européens nous font aussi passer pour les champions du plein-emploi! La réalité quotidienne s’avère fort différente!

Que la réalité soit fort différente, on le sait depuis longtemps. Le calcul du taux de chômage est d’ailleurs souvent problématique (exemples ici ou , et pour plus d’explications voir là-bas…).

Comment se fait-il que des universitaires (ils ne coûtent pas cher) transitent quasi systématiquement par le chômage? Pourquoi faut-il passer par des stages?

Un stagiaire payé par l’ORP coûte encore moins cher (un peu plus toutefois que si on ne le payait pas du tout, ce qui arrive, mais il est clair que l’attractivité de ce genre d’esclavagisme baisse), et on peut en changer facilement tous les six mois. Cela étant, les choses risquent de changer si la révision de la LACI devait être adoptée, puisqu’elle prévoit un délai de 260 jours avant que les jeunes diplômés ne touchent un quelconque centime !

Pourquoi organise-t-on bientôt chaque semaine des conférences sur les opportunités de travail pour les plus de 50 ans?

L’évènementiel, c’est un pan de l’économie comme un autre, qui peut rapporter. Tout dans le blabla, et pas grand chose au final.

Comment se fait-il que le nombre de pendulaires augmente et que des personnes effectuent plus de 250 km par jour pour se rendre à leur place de travail?

Il faut être mobile aujourd’hui. C’est plus important que de polluer. Quant aux trajets de 250km par jour, rappelons l’article 16 lit. f de la LACI qui définit l’emploi non convenable, stipulant notamment qu’il “nécessite un déplacement de plus de deux heures pour l’aller et de plus de deux heures pour le retour et qui n’offre pas de possibilités de logement appropriées au lieu de travail, ou qui, si l’assuré bénéficie d’une telle possibilité, ne lui permet de remplir ses devoirs envers ses proches qu’avec de notables difficultés“. Ben oui,le progrès c’est d’avoir des journées qui vous laissent 10 heures pour manger, dormir et éventuellement causer quelques instants à votre famille.

Du personnel bien formé, et de nombreux cadres mettent souvent plus de 12 mois pour retrouver un emploi! Combien de collaborateurs doivent se cramponner à leur siège jusqu’à la retraite par manque d’opportunités?

Les seconds, contrairement aux premiers, échappent encore à la réputation d’être incompétents ou pas motivés qui est paraît-il est tenace chez les employeurs.

On n’a jamais parlé autant de réseautage, cela démontre bien que pour rebondir sur le plan professionnel, un piston est souvent indispensable.

Quelle clairvoyance que d’assimiler le piston au réseau… mais chut, il ne faut pas parler ainsi. A ce qu’il paraît, c’est négatif.

Est-il normal qu’avec un taux de chômage si bas les employeurs croulent sous les postulations?

Ben oui, car l’ORP exige de faire du chiffre dans les offres. Et qu’au bout d’un moment, pour arriver à tenir ses quotas, on envoie son dossier un peu n’importe où.

Pourquoi oriente-t-on quadras et quinquas vers un statut d’indépendant?

Heu… parce qu’il faut bien leur trouver quelque chose à faire et qu’ils sont déjà trilingues, pros de la technique de recherche d’emploi et en informatique ? Mais pour changer, on pourrait aussi les reconvertir en serveurs ou en nounous à salaire subventionné…

Et j’aurais pu écrire mot pour mot la fin de cette lettre…

Bien des personnes en place occupent des emplois mal payés, effectuent un travail qui ne correspond pas à leurs compétences, travaillent à temps partiel alors qu’elles souhaiteraient un plein-temps, disposent d’un contrat de durée déterminée ou sont placées par des agences temporaires avec toute l’incertitude quant à leur avenir. Voilà comment il faut analyser le marché du travail.

… qui émane pourtant du directeur de la section romande de l’association suisse des cadres. Or, si on s’en réfère à son site web, dite association n’a pas l’air d’abriter en son sein beaucoup de méchants gauchistes ou anarcho-syndicalistes, plus habitués à émettre des avis d’une telle clairvoyance.

Mais si l’étonnement de Bernard Briguet est réel et sincère, espérons qu’il n’en restera pas là et qu’il motivera ses troupes à s’engager dans la bataille référendaire qui s’annonce plus que probable.

 

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