A travers les vignes, par un temps superbe, je suis monté en zigzags, puis je suis arrivé devant une barrière. J'ai réussi, je ne sais comment, à la franchir. Et je suis entré dans la lumière, une lumière qui m'a aveuglé. A ce moment-là, je suis entré dans l'au-delà. Je sais bien que c'était un rêve, mais je suis sûr que ça se passera comme ça. Et qu'il y a un au-delà !
Paroles de Gilles à Paul Vallotton (fin 1981)
A Julien
à la mémoire d'Edith Burger
à Albert Urfer
mes trois compagnons de route, je dédie les chansons qui dorment dans cet album, et ne demandent qu'à être réveillées.
Tour à tour, à travers ce siècle tumultueux, ils m'ont aidé à leur donner des ailes pour apporter aux quatre coins de l'univers un peu de rire, un peu de joie, un peu d'espoir.
A Julien
d'abord, Julien aux dons multiples de comédien, de chanteur, de danseur et de mime, formé comme moi à l'école de Jacques Copeau, le grand réformateur du théâtre en France, qui nous enseigna la rigueur.
Nous avons tenté ensemble de renouveler les thèmes de la chanson française en l'ouvrant à la vie, aux métiers, aux rumeurs d'un monde en pleine mutation, à la contestation, à l'air du large, à la liberté, tout celà sous le signe de la poésie. Une manière de révolution. C'était en 1932
A nous deux, dialoguant, nous renvoyant la balle, nous avons transporté la comédie dans la chanson. Une comédie en raccourci, où il fallait aller à l'essentiel.
Dans ce théâtre en noir et blanc, sans décors, sans artifices, je revois encore Julien, sa haute silhouette toujours en mouvement, jouant avec moi ce merveilleux jeu théâtral, auquel nous donnions entièrement, de la voix, de l'attitude et du geste, pour tenter d'exprimer, en mêlant l'humour à la poésie, les heurs et malheurs de l'aventure humaine.
A la mémoire aussi d'Edith Burger
rencontrée au début de la deuxième guerre mondiale, dans la troupe des loisirs de l'Armée, où elle chantait seule au piano avec tant de talent que je me mis à rêver de faire équipe avec elle.
Ravissante, merveilleuse Edith, pianiste aux mains légères, chanteuse et commédienne tour à tour; tendre, mordante, nostalgique, pleine d'esprit, prompte à la réplique, gouailleuse, un rien canaille, généreuse, adorée du public, et si rayonnante, si heureuse de vivre, pourquoi a-t-il fallu qu'un mal mystérieux, inguérissable, vienne en quelques mois éteindre cette flamme qui brûlait si haut, cette voix dont il ne reste, hélas, que de faibles échose dans de vieux disques fatigués ? Hélas ! Il n'y a pas de réponse.
Plus tard, ne voulant pas reprendre seul ma route chansonnière, je rencontrai Albert Urfer qui accepta de me rejoindre. C'était en 1950.
A Albert Urfer
qui a apporté à notre tour de chant sa rondeur, sa
bonhomie, une sensibilité différente et aussi son
talent de pianiste, capable de passer avec une parfaite aisance des
harmonies subtiles de Claude Debussy aux petites musiques de... Jean
Villard-Gilles (!). Une heureuse rencontre. La chance de pouvoir
continuer sans problème, comme autrefois, avec un bon
commédien et un vrai musicien.