Le Vaudois, la chose est certaine,
n'aime pas les mots trop précis;
leur exactitude le gêne
sauf s'il s'agit de trois décis.
C'est l'exception quantitative !
Pour le reste, il est toute pudeur.
La lumière est toujours trop vive
et il redoute la grandeur.
Il préfère au beau le joli
qui est du beau, mais ramolli,
et quand un ami le questionne
sur sa santé, s'il est content,
il ne répond pas : "Elle est bonne..."
Il répond : "Ca va joliment !"
(...)
Les sentiments sont le domaine
où le vrai Vaudois se retient.
Il ne peut pas dire : "Je t'aime",
mais seulement : "Je t'aime bien."
Cette imprécision, fine ruse,
a parfois de fâcheux excès,
car certains monts dont il abuse
ont un sens précis en français.
C'est ainsi qu'on entend souvent
dans les concerts d'abonnement
de braves dames respectables
s'exclamer, l'air épanoui :
- Ce concert était admirable,
cher maître, on a beaucoup joui !
(...)
Glossaire vaudois : la panosse,
une bedoume, un penatzet,
une berclure, une tzergosse,
une poire, un homme, un trabetzet.
Ca fait des gouilles quand il roille.
Se mettre à la chotte au cani !
Ce tâdier en lâchant sa boille
a épeclé tout le chenit !
Un bocon de pain, des greubons !
Prendre le traclet pour Moudon !
Voilà le Jules qui s'aguille
sur le mur, en pantet, fin rond,
Nous autres, on chope la déguille.
Veille-toi ! Voilà les gâpions !
(...)