Ayant peint les Océans,
l'Himalaya, l'Amazone,
fatigué d'avoir vu grand,
Dieu créa le bleu Léman,
par-dessus la Dent-de-Jaman,
des coteaux charmants où l'oiseau fredonne,
et d'un trait un peu nonchalant
- quel joli talent -
la Venoge évidemment.
Il ajouta des forêts,
des champs de blé, des prairies,
et surtout, trait de génie,
de la vign' pour le clairet.

Quand tout fut au point,
bien que mort de fatigue,
il décida, prodigue,
d'aller encor plus loin.
C'est ainsi ma foi
que, la tête un peu lourde
et les mains un peu gourdes,
Dieu créa les Vaudois
.
(...)

Dans ce pays enchanteur
mais réduit par ses montagnes,
parmi les vergers en fleurs
a-t-on besoin de grandeur ?
Nous avons Eugène Burnand
qui sut joliment peindre nos campagnes,
et Doret qui sut par ses chants
charmer nos instants,
ça nous suffit largement !
Y faut pas trop d'émotions.
Un Ramuz nous indispose
et même un Jaques-Dalcroze,
ils ont trop d'inspiration
(...)

Les Vaudois
Forio d'Ischia, août 1957