Jour de Noël ! Jour d'espérance !
On est là, quatre cents gaillards,
officiers, soldats, en silence,
perdus en Suisse quelque partr.
On pense en ce jour de décembre
à des visages familiers,
près du feu qui réchauff' nos membres.
Hier on a mis nos gros souliers.
Cette nuit, par la cheminée,
Le pèr' Noël qu'est bon enfant,
avec ses voeux de bonne année,
nous a fait un beau p'tit présent.

Y avait des cigares
pour les torailleurs
et pour le catarrhe,
un mouchoir d'couleur,
chocolat en barre
pour les amateurs,
et faveur plus rare,
mon Dieu, quel bonheur !
y avait, ô délire,
plaisir sans égal,
avec son sourire
vraiment idéal,
cela va sans dire
et c'était fatal,
pour nous remonter l'moral,
la photo du Général !

Les quatre cents beaux militaires
contemplaient, d'un oeil ahuri,
le joli cadeau que l'arrière
offrait à ses soldats chéris.
Mais tout à coup, parmi ces choses,
voilà qu'on découvre en chemin,
comme fleurirait une rose,
une lettre écrite à la main.
Ce sont, ravissante surprise,
les enfants de notre pays
qui d'un coeur tout simple nous disent :
"Bonjour soldats, on est amis !"
(...)

C'est pourtant bien vrai, sans histoires,
pour nous soldats, Noël trent'-neuf,
Le mien s'appell' Marie-Thérèse
de Saint-Jean, au val d'Anniviers,
un joli nom, ne vous déplaise,
pour le livre de l'amitié.
C'est pourquoi ce soir, de Lausanne,
je jette au vent cette chanson,
pour ma petite Valaisanne
(...)

A une petite fille de chez nous
Lausanne, Noël 1939