oct 25

Dans la rubrique courrier des lecteurs du 24 Heures, une lettre posant plein de questions a attiré mon oeil :

Les responsables économiques et politiques se basent essentiellement sur le taux de chômage pour apprécier la situation du marché du travail. Avec un taux de 3%, inutile de préciser que l’économie nationale peut être considérée comme saine. Les comparaisons avec nos voisins européens nous font aussi passer pour les champions du plein-emploi! La réalité quotidienne s’avère fort différente!

Que la réalité soit fort différente, on le sait depuis longtemps. Le calcul du taux de chômage est d’ailleurs souvent problématique (exemples ici ou , et pour plus d’explications voir là-bas…).

Comment se fait-il que des universitaires (ils ne coûtent pas cher) transitent quasi systématiquement par le chômage? Pourquoi faut-il passer par des stages?

Un stagiaire payé par l’ORP coûte encore moins cher (un peu plus toutefois que si on ne le payait pas du tout, ce qui arrive, mais il est clair que l’attractivité de ce genre d’esclavagisme baisse), et on peut en changer facilement tous les six mois. Cela étant, les choses risquent de changer si la révision de la LACI devait être adoptée, puisqu’elle prévoit un délai de 260 jours avant que les jeunes diplômés ne touchent un quelconque centime !

Pourquoi organise-t-on bientôt chaque semaine des conférences sur les opportunités de travail pour les plus de 50 ans?

L’évènementiel, c’est un pan de l’économie comme un autre, qui peut rapporter. Tout dans le blabla, et pas grand chose au final.

Comment se fait-il que le nombre de pendulaires augmente et que des personnes effectuent plus de 250 km par jour pour se rendre à leur place de travail?

Il faut être mobile aujourd’hui. C’est plus important que de polluer. Quant aux trajets de 250km par jour, rappelons l’article 16 lit. f de la LACI qui définit l’emploi non convenable, stipulant notamment qu’il “nécessite un déplacement de plus de deux heures pour l’aller et de plus de deux heures pour le retour et qui n’offre pas de possibilités de logement appropriées au lieu de travail, ou qui, si l’assuré bénéficie d’une telle possibilité, ne lui permet de remplir ses devoirs envers ses proches qu’avec de notables difficultés“. Ben oui,le progrès c’est d’avoir des journées qui vous laissent 10 heures pour manger, dormir et éventuellement causer quelques instants à votre famille.

Du personnel bien formé, et de nombreux cadres mettent souvent plus de 12 mois pour retrouver un emploi! Combien de collaborateurs doivent se cramponner à leur siège jusqu’à la retraite par manque d’opportunités?

Les seconds, contrairement aux premiers, échappent encore à la réputation d’être incompétents ou pas motivés qui est paraît-il est tenace chez les employeurs.

On n’a jamais parlé autant de réseautage, cela démontre bien que pour rebondir sur le plan professionnel, un piston est souvent indispensable.

Quelle clairvoyance que d’assimiler le piston au réseau… mais chut, il ne faut pas parler ainsi. A ce qu’il paraît, c’est négatif.

Est-il normal qu’avec un taux de chômage si bas les employeurs croulent sous les postulations?

Ben oui, car l’ORP exige de faire du chiffre dans les offres. Et qu’au bout d’un moment, pour arriver à tenir ses quotas, on envoie son dossier un peu n’importe où.

Pourquoi oriente-t-on quadras et quinquas vers un statut d’indépendant?

Heu… parce qu’il faut bien leur trouver quelque chose à faire et qu’ils sont déjà trilingues, pros de la technique de recherche d’emploi et en informatique ? Mais pour changer, on pourrait aussi les reconvertir en serveurs ou en nounous à salaire subventionné…

Et j’aurais pu écrire mot pour mot la fin de cette lettre…

Bien des personnes en place occupent des emplois mal payés, effectuent un travail qui ne correspond pas à leurs compétences, travaillent à temps partiel alors qu’elles souhaiteraient un plein-temps, disposent d’un contrat de durée déterminée ou sont placées par des agences temporaires avec toute l’incertitude quant à leur avenir. Voilà comment il faut analyser le marché du travail.

… qui émane pourtant du directeur de la section romande de l’association suisse des cadres. Or, si on s’en réfère à son site web, dite association n’a pas l’air d’abriter en son sein beaucoup de méchants gauchistes ou anarcho-syndicalistes, plus habitués à émettre des avis d’une telle clairvoyance.

Mais si l’étonnement de Bernard Briguet est réel et sincère, espérons qu’il n’en restera pas là et qu’il motivera ses troupes à s’engager dans la bataille référendaire qui s’annonce plus que probable.

 

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écrit par zozieau \\ tags: , , ,

mar 29

Avec un sujet intitulé “aide sociale, la chasse aux fraudeurs“, tourné à Lausanne par une équipe de Temps Présent, il va de soi que hier soir, j’étais devant la boîte à images pour visionner cette émission de la TSR. Avec, je l’admets, plein d’apriori négatifs, que j’étais prête pourtant à abandonner si la démarche avait été destinée à engager quelques utiles réflexions, ou présenter un peu mieux les conditions d’attribution de l’aide sociale, qui sont souvent méconnues. Hélas…

Ce reportage ne va pas manquer d’attiser des ressentiments à l’égard de la population étrangère. Flouter les visages est une chose, laisser aux personnes leurs accents respectifs en est une autre.  Sur le forum de l’émission , des interventions telles que celle-ci :

Ce qui m’a choquée dans cette émission, c’est qu’il ne s’agissait quasiment que d’étrangers et jeunes apparemment, et cela je trouve encore plus punissable que s’il s’agit d’un Suisse. C’est inadmissible de profiter de nos structures, donc rien que pour cela, je pense qu’il faut agir.

sont minoritaires, mais quid des discussions dans les foyers, qui alimenteront encore un racisme ambiant dont un certain parti fait ses choux gras ?

Une autre sous-entendu dérangeant est que, par “angélisme” (gauchisant bien sûr), il faudrait ne pas faire de contrôles. Or, à ma connaissance, aucun politicien ne s’est risqué à demander que l’on supprime les mesures de contrôle prévues par les procédures des services sociaux. Et d’ailleurs,  comment ne pas être d’accord pour enquêter sur des proxénètes ou des fraudeurs au double domicile, tels que ceux présentés par la TSR ?

Le problème est que, du moins à mon sens, ce genre d’enquête devrait être mené par la police, qui connaît certainement mieux et surtout est plus armée, au sens propre et figuré, pour faire face aux milieux de la prostitution et de la petite criminalité. Que se passera-t-il lorsqu’il arrivera un jour quelque chose à l’un de ces enquêteurs (ce que je ne souhaite pas) ? Cela sera encore la faute à la gauche angélique ?

D’un autre côté, ces enquêteurs admettent leur statut un peu bizarre. S’ils ont la légitimation nécessaire, ils ne sont toutefois pas policiers, et jouent sur ce flou. Si j’ai bien compris, rien n’oblige à les faire rentrer dans un domicile à sept heures du matin, où à les renseigner sur les activités de son voisin. Il serait donc possible de mieux diffuser ces informations pour contrebalancer les effets de ce reportage sur nombre de citoyens ayant la dénonciation rancunière facile. Serait-ce d’ailleurs grâce à l’un d’entre eux que l’on a “pincé” cette personne vendant quelques objets à la sauvette pour de maigres gains, qui a ému tout de même quelques spectateurs?

A cela s’ajoute la fameuse procuration générale que tout demandeur d’aide doit systématiquement signer depuis début 2008, qui autorise à consulter tout et n’importe quelles données derrière son dos. La pétition déposée par des assistants sociaux et l’ADC informant sur l’utilité toute relative de cette mesure, hormis que de signaler aux requérants qu’ils sont des fraudeurs en puissance, n’a visiblement eu aucun effet.

Et tout ça pour le bien de braves nécessiteux honnêtes, auxquels personne n’a demandé un avis, motif le plus souvent pris que si on ne fait rien, les montants consacrés au social risqueraient de baisser, ce qui justifierait les actions de ces flics non-flics. La belle affaire… Tout ces donneurs de leçons oublient très opportunément que les normes CSIAS sur lesquelles s’appuient les Cantons, ont été revues à la baisse en 2005 (cf un résumé du Courrier portant sur le Canton de Genève), et qu’il n’est pour l’instant nullement question de corriger le tir, ou encore que l’aide sociale n’est pas indexée au coût de la vie.

D’ailleurs, gageons que lors des futurs débats du Grand Conseil concernant les bénéfices des comptes cantonaux, s’il se trouve un malheureux député pour oser demander à ce que l’on valorise les montants accordés par l’aide sociale, ne serait-ce que de CHF. 20.- par enfant,  il n’obtiendra jamais une majorité pour que l’on fasse droit à ce souhait légitime.

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écrit par zozieau \\ tags: , , , , , , , ,

mar 13

Il y a quelques mois, Genève révisait avec succès sa loi cantonale sur l’assurance-chômage, pressé depuis des lustres par la Confédération. Ce canton avait pour particularité d’offrir aux chômeurs en fin de droits une année de travail dans l’administration, destinée à recréer un droit aux indemnités LACI, ce qui était considéré par certains comme un oreiller de paresse pour des feignasses tardant à se bouger le train pour se trouver un vrai job, tout cela naturellement prouvé statistiques et étude à l’appui.

Fini donc les emplois temporaires cantonaux, place donc aux emplois solidaires et autres mesures supplémentaires pour la soi-disante réinsertion, comme si celles proposées par les ORP ne suffisaient pas. Place aussi aux effets collatéraux, à savoir un report de personnes, encore suivies par l’ORP sur les services sociaux devant leur assurer de quoi subsister le minimum vital.

Et les services sociaux à leur tour de faire une étude :

    Pour une meilleure prise en charge des bénéficiaires du RMCAS
L’Hospice général a mené une réflexion sur la meilleure manière d’aider les personnes qui sont depuis de longues années au Revenu minimum cantonal d’aide sociale (RMCAS) destiné aux chômeurs en fin de droit. Un premier groupe de 150 personnes sur les 331 sélectionnés ont déjà fait l’objet d’une analyse. Pour 58 d’entre elles, les mesures de réinsertion professionnelle proposées par le RMCAS se sont révélées inappropriées. Ces personnes pourront bénéficier d’une prise en charge plus adéquate dans un centre d’action sociale.
Une lettre a été envoyée le 1er février 2008 par le Service des mesures cantonales (SMC) aux personnes concernées, leur annonçant de manière lapidaire la suppression de leur statut de chômeurs en fin de droit et leur passage à l’Aide sociale. Une quarantaine de recours s’en sont suivis. Suite à cette communication maladroite, un autre courrier signé par le SMC et l’Hospice général a été adressé aux destinataires de la lettre du 1er février. Il explique la décision et garantit une prise en charge plus adaptée qu’au RMCAS
(source : site de l’Hospice Général).

Dit en d’autres termes : 58 personnes ont été passées de la catégorie administrative “chômeur” à la catégorie “cas social”, faisant ainsi - quel heureux hasard - baisser la statistique des “demandeurs d’emploi non chômeurs” (ceux qui sont inscrits dans le système, mais n’émargent pas à la statistique du chômage officielle). Ce qui n’a visiblement guère été apprécié, au vu des 40 recours faisant entre nous soit dit mentir l’adage du chômeur ne voulant rien faire de ses journées.

Mais, sur quelle base cette réflexion a-t-elle été menée ? Le Courrier nous propose un témoignage que je ne résiste pas à citer dans son intégralité :

    Enseignante, mais “inemployable”
Léa*, 59 ans, est secrétaire de formation et enseignante de français, elle a pourtant été déclarée «inemployable». Dans les années 1990, Léa reprend des études universitaires et travaille comme secrétaire en intérim. Mais elle se retrouve au chômage et doit suspendre sa formation académique. Elle parle plus de cinq langues étrangères, dont l’anglais, l’allemand et l’espagnol. Après une longue période de chômage, Léa bénéficie du Revenu minimum cantonal d’aide sociale (RMCAS) pendant huit ans. Elle devient enseignante de français afin d’effectuer sa contre-prestation, forme notamment des élèves aux diplômes de l’Alliance française et se sent épanouie dans sa fonction. Aujourd’hui, elle dit passablement souffrir de cette qualification inacceptable d’«inemployable».
Note : *Prénom fictif 

Il est vrai qu’il est bien plus facile de stigmatiser un employé travaillant pour des fifelins, plutôt que de tirer les oreilles à l’employeur qui bénéficie quasiment à l’oeil de ses prestations, ou à d’autres qui chouinent sur le manque de culture et de formation de la population.

A quand un changement salutaire ?

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